Mémoire traumatique et fonctionnement limite à l'adolescence

Le professeur Maurice Corcos et le département de psychiatrie de l’adolescent et de l’adulte jeune de l’Institut Mutualiste Montsouris proposent une journée consacrée aux liens entre psychotraumatisme et fonctionnement limite à l’adolescence.

On sait combien l’adolescence est marquée par l’irruption de nombreux processus de transformations corporelles, psychiques et relationnelles. Ceux-ci, aux risques de l’étrangeté inquiétante ou intolérable, redistribuent les rapports entre appartenance et différenciation, entre le sentiment d’être une personne et l’angoisse de n’être personne, ils suscitent, par nature, un réaménagement qui pourra sembler et apparaître profondément désorganisateur.

Faut-il parler d’un traumatisme de l’adolescence ? Mais, surtout, de ce général vers la population singulière que nous accueillons dans nos unités de soins, de quelle manière, sur ce processus entraîné du pubertaire, les fonctionnements limites constitueraient-ils une déformation expressive ? Sont-ils des caricatures d’adolescents ? Sont-ils des empêchés d’adolescence après avoir été des « empêchés de latence », c’est-à-dire de l’intériorisation d’une sécurité qui nourrisse l’espace temporisateur autant que créateur entre excitation et représentation ? La référence au psychotraumatisme, si régulière dans l’anamnèse de nos patients, pourrait constituer une clef pour mieux résoudre cette interrogation située sur la ligne de bascule entre continuité et discontinuité.

 

En effet, le fonctionnement limite, en particulier dans son expressivité borderline, est en concordance épidémiologiquement forte avec l’existence d’antécédents traumatiques, que ce soit dans l’actuel de l’adolescence, dans l’enfance voire au sein des interactions précoces. Le trauma parfois bien repéré peu de temps après la puberté, une agression par exemple, un abus, ranime ainsi, fréquemment, la notion de traumas anciens.  La sémiologie limite, qui s’exacerbe davantage qu’elle ne se déclenche, entretient de plus des lignes croisées avec celle des troubles post-traumatiques, à l’exclusion même de psychotraumas repérés. Cette connexion d’intrigues nous semble devoir susciter une attention non pas tant autour du référencement volontiers comptable de dites « comorbidités » mais autour de l’hypothèse selon laquelle le fonctionnement limite répondrait d’un « noyau » traumatique irritant une compulsion à rencontrer le trauma.

 

Mémoire plus proche du corps que de la représentation, du réflexe que du réflexif, la cicatrice précèderait ce coup du trauma si régulier chez le patient limite à l’adolescence, celui-ci qui donne l’impression de filer le trauma (à la fois suivre et fuir) dans l’irrésoluble ambiguïté limite. Sur ce terrain, le soignant est d’ailleurs souvent amener à se poser la question : l’adolescent est-il allé chercher un trauma, ou bien celui-ci s’est-il imposé à lui ? « Les deux en même temps », la réponse à cette interrogation, « qui n’a pas à être posée »,  attesterait un dévoiement singulier du transitionnel et des formations intermédiaires du psychisme, dans une dynamique transgénérationnelle les confirmant vers certaines scléroses subjectives ainsi que vers une apparente traumatophilie. C’est entériner combien ce coup d’un trauma à l’adolescence, qui ouvre en général la possibilité du soin, serait héritier d’une longue histoire, souvent marquée de psychotraumas sinon d’une instabilité des liens et d’une difficulté chez les ascendants (depuis quand ?) à intégrer et transmettre sécurité et signaux d’alerte suffisamment bien accordés. Ce qui après la puberté, chez d'autres, se joue au-dedans du spectre de l'étrangeté, ici n'arriverait plus à se déjouer et le processus de subjectivation, même en ses plus subtiles marges, amènerait le patient limite à se retrouver dans le trauma.

 

 

Le Professeur François ANSERMET, président de cette journée, nous présentera le modèle de la neuroplasticité, lequel nous semble indispensable pour nourrir la réflexion sur ces liens entre trouble de personnalité, traumas et processus d’adolescence, également pour désigner pragmatiquement l’intérêt d’une thérapeutique relationnelle. Il nous fait le plaisir et l’honneur aussi de pouvoir intervenir tout le long du colloque et de conclure. Il discutera ainsi les exposés du Pr. Maurice CORCOS, du Pr. Thierry BAUBET qui insistera sur la dynamique transgénérationnelle, de Marion ROBIN qui évoquera l’épidémiologie, de Yoann LOISEL qui illustrera ces problématiques par quelques figures littéraires, celui également de Émeric SAGUIN qui confirmera la nécessité clinique, à partir d’une expérience singulière, de suffisamment déplier l’histoire de l’individu pour ne pas se laisser figer, nous aussi, par la massivité désubjectivante d’évidentes forces de frappe traumatiques.

Programme 

Programme de la journée

MÉMOIRE TRAUMATIQUE ET FONCTIONNEMENT LIMITE À L’ADOLESCENCE

Vendredi 29 mars 2019

 

 

8h45                                     ACCUEIL

 

9h - 9h30                             Présentation de la Journée

                                               François SAINTOYANT, psychiatre, Paris

 

9h30 - 10h15                      Trace, mémoire et inconscient, entre neuroscience et psychanalyse 

François ANSERMET, Professeur de pédopsychiatrie, psychanalyste, Lausanne

 

10h15 - 11h                        ... Se souvenir fait mal, oublier c’est se perdre …

                                               Maurice CORCOS, Professeur de pédopsychiatrie, psychanalyste, Paris

 

11h - 11h15                                                                       PAUSE

 

11h15 - 12h                        De la théorie de la séduction à la théorie du fantasme : ce que disent les chiffres

                                               Marion ROBIN, psychiatre, Paris

 


12h - 13h30                                                                       DÉJEUNER libre


 

13h30 - 14h15                    Le complexe traumatique, illustrations littéraires et pistes thérapeutiques

                                               Yoann LOISEL, psychiatre, psychanalyste, Paris

 

14h15 - 15h                        Du dit état de stress post-traumatique à ses racines chez un (dé)mineur

                                               Émeric SAGUIN, psychiatre des armées, Paris

 

15h - 15h15                                                                       PAUSE

 

15h15 - 16h15                    L’actuel et le transgénérationnel : histoire d'Adama, un mineur isolé très accompagné

                                               Thierry BAUBET, Professeur de pédopsychiatrie, Bobigny

                                               Discutant : Olivier TAIEB, psychiatre, Bobigny

 

16h15 - 17h                        Conclusion 

                                               François ANSERMET, Professeur de pédopsychiatrie, psychanalyste, Lausanne

 

Inscriptions, renseignements          corinne.dugre-lebigre@imm.fr / 01.56.61.69.80