Cher internaute,

Nous espérons que vous trouverez dans notre site des éléments d' information, des pistes de réflexion et des axes de recherche dans le champ de la pédopsychiatrie.

  • Nous n’avons pas vocation à répondre à des demandes individuelles de conseils, d'aide et de soutien psychologique.
  • Nous ne sommes pas habilités à vous aider dans vos recherches de stages ou d’emploi dans quelque domaine que ce soit.

En revanche, nous étudierons avec plaisir les propositions de publications en ligne de vos propres recherches ou d'annonces de journées de travail dans notre domaine d’intérêt.

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L’équipe de Psynem

Décès de Véronique Lemaître

Véronique Lemaître, pédopsychiatre, psychanalyste est décédée le mercredi 27 mai 2015. Ses amis de la Waimh-France, dont elle était une membre éminente depuis sa création par Serge Lebovici et Bernard Golse, désirent ici lui rendre hommage.

Sa créativité dans l’art de la clinique des origines restera pour nous une source inépuisable d’inspiration.

Si vous souhaitez témoigner sur cette page dédiée à sa mémoire, transmettez votre texte par mail à webmaster@psynem.org et il sera publié.

Sylvain Missonnier et Pierre Delion, co-présidents de la Waimh-France

Le décès, mercredi 27 mai 2015, de Véronique Lemaître, installée à la Maison à Gardanne depuis le 12 mai, affecte profondément tous ceux qui l'aimaient, l'admiraient, ou bénéficiaient de sa créativité, de sa capacité de transmission et de son enseignement. Elle était psychiatre et psychanalyste, mais surtout soignante au sens le plus profond.

À son incroyable intuition clinique avec les bébés et leurs parents, à des talents cachés pour l’organisation de formes vivantes de transmission, et à sa passion contagieuse pour le soin précoce, s’ajoutait un plaisir au débat et au mouvement dans les champs des théories et de la pratique, plaisir qui rendait, plus joyeux avec elle, le soigner/prendre soin, art délicat.

Marquée très tôt par des rencontres avec des analystes jungiens, elle fut membre de la Société Française de Psychologie Analytique. Toujours attentive à la singularité de chaque rencontre clinique, elle avait su trouver/créer des dispositifs de soins et d’enseignement-formation originaux dans le champ de la périnatalité : le bébé, son père, sa mère  et tous les professionnels auprès d'eux. Et en portant son attention sur la figure du père,  elle avait su transcender le modèle de consultation thérapeutique parents-bébé  de Serge Lebovici, « [son] cher Serge » qui lui avait offert un compagnonnage, dont elle avait suivi l’enseignement et auquel elle vouait affection et admiration. Elle l'avait rencontré dès sa formation, d’abord comme médecin de PMI, puis comme psychiatre, dans un moment parisien primordial de son exercice. 

Installée à Grenoble dans les années 90, vacataire à la maternité du CHU, recevant en cabinet enfants et adultes, elle avait co-créé  avec  Francis Maffre un dispositif  de formation pour les professionnels de la périnatalité " Regards sur la petite enfance ". Tous deux permirent à certains de travailler avec Dan Stern, à qui des liens chaleureux la liaient, et garantirent un travail approfondi de formation et de supervision des équipes de périnatalité et de petite enfance de la Région Rhône-Alpes.

Dans les années 2000, elle avait rejoint l’équipe de pédopsychiatrie du CHU de Lille à l’invitation du   Pr Pierre Delion . Il lui confia la responsabilité de l'unité fonctionnelle de périnatalité psychique, mais aussi   du Diplôme d’Université (DU) de psychopathologie périnatale de la Faculté de médecine de Lille. Dans la floraison de DU de périnatalité psychique des années 2000, celui de Lille s’affirma immédiatement comme un des hauts lieux de la formation pratico-théorique en périnatalité ‎en France, par l’étroite articulation entre les apports théoriques des intervenants et les apports de situations cliniques enseignantes par les participants. Il fut repris par Charlotte Butez et Carin Schoemacker, ses élèves, après son départ. En parallèle, elle mit en place une équipe de liaison de pédopsychiatrie périnatale au CHRU Jeanne de Flandres, dans les services de maternité et de médecine néonatale. Elle organisa l’équipe pédopsychiatrique de l’unité d’hospitalisation conjointe mère-bébé Louis-Victor Marcé, l’ouvrant sur un suivi à domicile des situations préoccupantes.

Lors de la création du réseau périnatal Ombrel sur la métropole de Lille, elle contribua à développer la dimension de prévention des souffrances psychiques et à créer formations et supervisions des professionnels de première ligne : avec les obstétriciens, pédiatres, sages-femmes et puéricultrices, contribuant ainsi au développement de la (pédo)psychiatrie périnatale dans la Région Nord Pas-de-Calais. Référence reconnue en matière de périnatalité, son activité de consultations thérapeutiques et de travail en réseau personnalisé fut intense. Elle y fut aussi marquée par la rencontre et une fructueuse collaboration clinique et théorique avec Roger Vasseur, « bullingérien » et  médecin-directeur du CAMSP de Villeneuve d’Asq,

À cette même période, elle accompagnait généreusement l'Association (In)Formation Recherche Périnatalité.(ARIP) comme source d' inspiration dans les colloques internationaux de périnatalité d’ Avignon dès 2002, en tant que membre du comité scientifique et surtout orateur permanent. Elle rendit possible les toutes premières reprises de situations interinstitutionnelles et pluriprofessionnelles en Région Provence Alpes Côte d’Azur en contribuant à l'action de santé publique « Acteurs de la périnatalité en PACA » (2002-2005).

Puis elle approfondit ‎ ses réflexions sur la consultation thérapeutique en période périnatale en développant,-dans le cadre du Collège de psychanalyse groupale et familiale qu’elle avait rejoint, et grâce à l’hospitalité du Pr Bernard Golse à l’hôpital Necker Enfants Malades de Paris- une passionnante consultation thérapeutique parents-bébé d'enseignement. Ce dispositif de transmission original fonctionnait encore tout récemment avec Julianna Vamos : les consultations étaient filmées initialement par Alain Casanova, la discussion entre Véronique Lemaitre et le groupe qui avait assisté à la consultation thérapeutique retransmise en direct était transcrite. Ce trésor attend désormais d’être transformé en un outil de formation vivant et novateur.

Enfin, dans les années 2010, elle avait choisi de rejoindre, à Manosque, une petite équipe de soins psychiques périnataux, l’ESSAIP (Équipe de Soins Spécialisés autour des Interactions Précoces) portée par l' Association Régionale pour l’Intégration Dans cette dernière période, elle était aussi médecin-directeur du C.M.P.P.de Manosque.

Elle appartenait avec vitalité au Collège de Psychanalyse Groupale et Familiale présidé par André Carel où elle se sentait reconnue et  jouait un rôle actif. Membre fidèle de la Waimh-France, elle avait présenté de nombreuses communications nationales et internationales dans de multiples cadres. Auteur de « Rencontre avec Claude Balier : la violence de vivre », de multiples chapitres de livres et d’articles de psychopathologie périnatale dans diverses revues, elle a confié aux éditions Érès le soin de rassembler ses travaux les plus significatifs .Par ailleurs, un ouvrage dans la collection « Rencontre avec… » est en chantier. Mais le plus important est le travail de mise en forme  du Séminaire qu’elle donnait à travers sa consultation d’enseignement.

Sa façon de toujours appuyer ses publications sur le récit vivant de sa clinique (lumineuse), --clinique basée sur une rencontre préludant à tout autre mouvement dont le recours aux outils issus de la théorisation- en faisait, en fait, en fera une auteure importante. Et cette démarche invite  les nouvelles générations de soignants (en soins psychiques en général, et en périnatalité en particulier) à « être grands sur les épaules de Véronique Lemaitre »

Son plaisir à transmettre, à soigner, à penser ensemble  lui avait permis de continuer, depuis plus de deux ans qu'elle était aux prises avec un cancer de mauvais pronostic, à vivre, soigner, transmettre avec élégance, talent et dignité. Sur un thème qui lui était cher, celui de la liberté du bébé, elle avait donné une conférence de deux heures devant  plusieurs centaines de professionnels à Avi‎gnon le 23 mars 2015. Elle savait, ou avait décidé ?, que c'était la dernière et l'avait dit avec pudeur à des collègues. Car, avant ces dernières semaines, elle ne désespérait pas d’animer une matinée à la semaine de colloque « Bébé Sapiens » du Centre Culturel International de Cerisy-La- Salle en septembre 2015… 

Ses amis, élèves, collègues témoignent  ici de leur profonde gratitude à l’égard de Véronique pour sa vitalité, sa créativité, son engagement, son intelligence clinique... Tous, dont ceux de la Waimh-France, auront à cœur de se donner les moyens de transmettre, avec les mêmes valeurs, ce qu'elle avait su trouver/créer/transmettre.

Michel Dugnat

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Publications de Véronique Lemaître disponibles sur CAIRN : https://www.cairn.info/resultats_recherche.php?searchTerm=v%C3%A9ronique+lema%C3%AEtre

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Texte lu lors de la cérémonie de l’enterrement le 30 mai 2015

Nous étions trois amies depuis très longtemps, Véronique, Drina et moi. Drina et moi, nous avons des origines étrangères, mais c’est Véronique et moi qui étions les exilées. Pas malheureuses de cette condition, mais sans racines. Nous avons trouvé un foyer dans la psychanalyse et dans la périnatalité.

Alors qu’on s’est préparé à ton départ Véronique, samedi dernier, on a pu communiquer encore, par la respiration. J’étais frappée par la différence que fait cette petite respiration… et quand il n’y en a plus, quand le souffle s’éteint.

Ta fille, ta petite fille, ta famille, tes hommes, tes amis étaient présents. Un peu, beaucoup, passionnément. Je sais que dans ton cœur, nous, les amis, étions aussi ta famille.

Ce que j’aimais le plus, c’était suivre la naissance des liens dans tes idées profondes pendant que tu parlais, toujours étonnant, même pour toi-même. La connexion entre les observations et les mouvements  inconscients, tu les as attrapés et compris avec une fluidité comme personne. Cette fraîcheur de fabriquer les pensées, tu l’a fait comme un chorégraphe. Aussi précise, aussi technique, beaucoup de travail et tellement de liberté.

Ta solitude ne m’étonne pas. Ta force de vie, tes exigences, ta maladie non plus. Je sais que tu étais arrachée de nous.

Sans racines, on n’est pas un arbre. Tu es un nuage. Comme les générations qui nous suivront. Toi, en avance de ton temps.

Julianna Vamos

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Témoignage d’Elisabeth Chaillou, psychiatre et psychanalyste (SPP) Paris Chère Véronique,

Après t’avoir croisée dans les couloirs de la faculté de médecine de Bobigny alors que je terminais juste mon externat chez Serge Lebovici, je t’ai  retrouvée quelques années plus tard à Tempere  pour un congrès de ce qui allait devenir la WAIMH.

Serge Lebovici et Bernard Golse étaient à Tempere aussi, bien entendu !

Une longue discussion avec toi lors d’un déjeuner entre deux interventions du congrès , c’était avant le début des années 2000, une ville provinciale en Finlande, rien à visiter d’autre que les psychismes complexes de nos patients … et de nos confrères .

Tu parlais avec tellement de pragmatisme, de subtilité et de vitalité de cette clinique que nous avions auprès des bébés. J’étais surprise de tant de convergences et j’étais charmée de cette pulsion épistémophilique que tu exprimais avec force .

Tu ponctuais de petits traits d'humour les sujets graves que nous évoquions et je sentais l’engagement tenace auprès des bébés qui était le tien.

Au fil de nos rencontres , tu apportais chaque fois le vent rafraichissant de celle qui interroge les certitudes.

Avignon 2013, colloque de  l’ARIP avec Michel Dugnat , un diner pendant lequel tu bousculais élégamment mais fermement les idées reçues de quelques uns avec des petites vignettes cliniques bien affutées, que je percevais comme une sorte d’hommage à la complexité de nos bébés patients et de leurs parents.

Une conversation avec toi était toujours savoureuse , emplie de saveurs diverses entremêlées et d’interrogations laissées ouvertes pour la prochaine fois.

 

Tu allais vite, Véronique, dans ta tête et tu aimais le jeu de l’esprit et le jeu de l’observation, la mise en tension de la théorie et de la clinique.

Tu vas nous manquer beaucoup. Merci de ta générosité.

Elisabeth