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Anna Freud, Le moi et les mécanismes de défense (extrait)

Extrait du livre d’Anna Freud Le moi et les mécanismes de défense, chapitre VI « la négation par le fantasme »

« Cependant, même après qu’une intervention analytique a permis à la vie instinctuelle du petit Hans de reprendre un cours normal, l’enfant ne retrouve pas encore un équilibre parfait. Le monde extérieur lui met continuellement sous les yeux deux faits réels qui lui sont désagréables. Son corps et en particulier son pénis restent évidemment plus petits que ceux de son père, ce qui fait de celui-ci un rival imbattable.

Hans a donc de bonnes raisons de rester envieux et jaloux.

En outre, ces affects se portent aussi sur sa mère et sur sa sœur. En effet, en voyant sa mère donner à la petite fille des soins corporels, Hans envie le plaisir qu’elles partagent, alors que lui reste simple spectateur. Comment s’attendre à ce qu’un enfant de 5 ans se résigne à de pareilles frustrations ? Comment croire qu’il puisse être assez raisonnable, assez compréhensif, pour consentir à ces renoncements et pour se consoler en pensant aux promesses d’un avenir encore si éloigné ? Comment penser qu’il soit capable d’accepter ce déplaisir de la même façon qu’il s’est montré prêt à admettre consciemment le fait de sa vie sexuelle infantile, une fois qu’il en a pris connaissance.

L’exposé détaillé de l’histoire du petit Hans dans l’Analyse de la phobie d’un petit garçon de 5 ans (I) nous renseigne encore sur le destin que subissent ces deux renoncements. Vers la fin de son analyse, Hans raconte deux rêveries diurnes, le fantasme des nombreux enfants qu’il nettoie et essuie dans le water-closet et, tout de suite après, l’histoire imaginaire du plombier qui dévisse, à l’aide de tenailles, les fesses et le pénis du petit garçon pour lui en donner de plus grands et de meilleurs. Le père de Hans, qui est en même temps son analyste, décèle sans peine dans ces fantasmes, une réalisation des deux désirs insatisfaits de l’enfant. Hans possède maintenant, en imagination tout au moins, un membre pareil à celui de son père, et des enfants à qui il peut faire ce que sa mère fait à sa petite sœur.

Le petit Hans qui avait été débarrassé de son agoraphobie avant même l’apparition de ces fantasmes, retrouve maintenant, grâce à de nouvelles données, sa bonne humeur.

Grâce à cette production de fantasmes, il en vient à s’accommoder de la réalité comme il s’était naguère accommodé de ses émois instinctuels. Nous constatons qu’une reconnaissance consciente de l’inévitable n’intervient nullement dans ce cas. Hans nie la réalité à l’aide de ses fantasmes, le modèle à son gré, suivant ce qu’il en veut faire, et parvient alors seulement à l’accepter.

Au cours de l’analyse du petit Hans, l’étude des processus de défense semble montrer que le destin de sa névrose se détermina au moment où il transféra au cheval l’agressivité et la peur que lui inspirait son père. Mais cette impression est décevante : les substitutions d’animaux à des êtres humains ne constituent pas en elles-mêmes des processus névrotiques et se produisent fréquemment au cours d’une évolution normale infantile.

Au surplus, elles peuvent produire, là où elles se manifestent, les effets les plus différents. »

[...]

« Pendant plusieurs années le moi infantile, tout en conservant un sens intact de la réalité, garde le privilège de nier tout ce qui, dans cette réalité, lui déplaît. Il use amplement de cette faculté et, ce faisant, ne se cantonne pas dans le seul domaine des représentations et des fantasmes, il ne se borne pas à penser, il agit. Pour parvenir à transformer la réalité, il se sert des objets extérieurs les plus divers. On retrouve fréquemment aussi, dans les jeux enfantins, en général, et dans ceux où l’enfant adopte un rôle, en particulier, cette même négation de la réalité.

Je tiens à mentionner ici le petit travail rimé d’un écrivain anglais qui a décrit de façon particulièrement exquise ce mélange, chez ce héros enfantin, de fantaisie et de réalité (I). Dans la chambre de cet enfant de trois ans se trouvent quatre sièges. Lorsqu’il s’assied sur le premier, il est un explorateur qui, la nuit, remonte le cours de l’Amazone, sur le deuxième, il est un lion rugissant qui épouvante la bonne, sur le troisième, un capitaine qui dirige son navire sur l’océan, mais sur le quatrième, une haute chaise d’enfant, il essaye de se figurer qu’il n’est que lui-même, c’est à dire un simple petit garçon. Ce que le poète cherche ainsi à exprimer se devine aisément : les éléments dont l’enfant se sert pour construire un monde imaginaire plein d’agréments s’offrent d’eux-mêmes, mais, quand il s’agit de faits réels, l’enfant doit d’abord s’efforcer de reconnaître et d’assimiler ces derniers.

Chose curieuse, les adultes sont disposés à favoriser, dans leurs rapports avec les enfants, tous ces mécanismes. Le plaisir procuré à l’enfant par l’adulte provient en grande partie du concours qu’apporte celui-ci à de semblables négations de la réalité. »

Extrait du livre d’Anna Freud Le moi et les mécanismes de défense, chapitre VI « la négation par le fantasme » Puf, Paris, 1985.