Cher internaute,

Nous espérons que vous trouverez dans notre site des éléments d' information, des pistes de réflexion et des axes de recherche dans le champ de la pédopsychiatrie.

  • Nous n’avons pas vocation à répondre à des demandes individuelles de conseils, d'aide et de soutien psychologique.
  • Nous ne sommes pas habilités à vous aider dans vos recherches de stages ou d’emploi dans quelque domaine que ce soit.

En revanche, nous étudierons avec plaisir les propositions de publications en ligne de vos propres recherches ou d'annonces de journées de travail dans notre domaine d’intérêt.

Une seule adresse pour nous contacter : webmaster@psynem.org.

Cordialement
L’équipe de Psynem

Donald Winnicott, De la Pédiatrie à la psychanalyse (extrait)

Extraits du livre de Donald Winnicott, De la Pédiatrie à la psychanalyse.

La préoccupation maternelle

« Ma thèse est la suivante : au tout premier stade, nous trouvons chez la mère un état très spécifique, une condition psychologique qui mérite un nom tel que préoccupation maternelle primaire. A mon avis ni dans notre littérature spécialisée, ni peut-être ailleurs, personne n'a encore prêté une attention suffisante à cet état psychiatrique très particulier de la mère, dont je dirai ceci :

  • il se développe graduellement pour atteindre un degré de sensibilité accrue pendant la grossesse et spécialement à la fin;
  • il dure encore quelques semaines après la naissance de l'enfant;
  • les mères ne s'en souviennent que difficilement lorsqu'elles en sont remises, et j'irais même jusqu'à prétendre qu'elles ont tendance à en refouler le souvenir.

Cet état organisé (qui serait une maladie, n'était la grossesse) pourrait être comparé à un état de repli, ou à un état de dissociation, ou à une fugue, ou même encore à un trouble plus profond, tel qu'un épisode schizoïde au cours duquel un des aspects de la personnalité prend temporairement le dessus. J'aimerais lui trouver un nom adéquat et montrer combien on doit en tenir compte pour ce qui concerne la toute première phase de la vie du petit enfant. Je ne pense pas qu'il soit possible de comprendre l'attitude de la mère au tout début de la vie du nourrisson si l'on n'admet pas qu'il faut qu'elle soit capable d'atteindre ce stade d'hypersensibilité presque une maladie et de s'en remettre ensuite. (C'est à dessein que j'emploie le mot « maladie », parce qu'une femme doit être en bonne santé, à la fois pour atteindre cet état, et pour s'en guérir quand l'enfant l'en délivre. Si l'enfant venait à mourir, l'état de la mère se révélerait brusquement pathologique. C'est le risque qu'elle court.)

Tout cela est contenu dans le terme « dévoué » que j'emploie quand je parle d'une mère « ordinaire normalement dévouée » (ordinary devoted mother ), car il y a certainement des femmes qui sont de bonnes mères de n'importe quelle autre façon, capables d'une vie riche et pleine, tout en étant dans l'impossibilité de parvenir à cette « maladie normale », qui leur permet de s'adapter aux tout premiers besoins du petit enfant avec délicatesse et sensibilité. Certaines y parviennent avec un enfant et échouent avec un autre. Ces femmes-là seront incapables d'être uniquement préoccupées par leur enfant, à l'exclusion de tout autre intérêt, de la façon qui est temporairement normale. On peut supposer qu'il y a dans quelques-uns de ces cas une « fuite vers la santé mentale ». Certaines ont d'autres centres d'intérêt importants qu'elles n'abandonnent pas facilement, ou bien elles ne peuvent pas admettre cet abandon tant qu'elles n'ont pas eu leur premier enfant; pour une femme qui fait une forte identification masculine, cette partie de sa fonction maternelle peut être spécialement difficile à réaliser, car le désir du pénis refoulé laisse peu de place à la préoccupation maternelle primaire. »

La petite enfance

« Maintenant, permettez-moi de décrire brièvement la tâche de l'enfant qui a le bonheur de recevoir les soins d'une bonne mère ordinaire. Il est clair que la tâche de l'enfant qu'on peut qualifier d'absorbante (au moins à partir de la naissance) n'est jamais une tâche achevée et que les accomplissements des premières semaines et des premiers mois seront perdus et regagnés maintes et maintes fois suivant les aléas de la chance.

Il n'est pas difficile de s'apercevoir que, dans le cas de tout enfant, il doit se passer au moins trois choses :

  1. L'enfant doit entrer en contact avec la réalité.
  2. La personnalité de l'enfant doit parvenir à l'intégration et l'intégration doit réussir à être stable.
  3. L'enfant doit en venir à ressentir qu'il vit dans ce que nous, nous percevons sans difficulté comme étant le corps de cet enfant-là, mais qui, de prime abord, n'est pas senti par l'enfant lui-même chargé de la signification toute spéciale que nous lui connaissons.

Trois choses : le contact avec la réalité, l'intégration, le sentiment (sensé) de son corps.

Le psychiatre ne sera pas long à voir dans la nature de ces tâches le reflet des symptômes qui constituent son souci continuel : perte du contact avec la réalité et du sentiment de la réalité, désintégration et dépersonnalisation. »

Extraits de De la Pédiatrie à la psychanalyse, 1958, Payot, Paris